Michel Zaccour

Michel Zaccour

Pourquoi, aujourd’hui, un livre sur Michel Zaccour ? Parce que ce journaliste, qui fut aussi député et ministre, apparaît comme une figure majeure de l’histoire du Liban, parce que ses principes étaient ceux d’un fervent Libanais attaché à l’indépendance de son pays et réfractaire aux projets unionistes ou panarabes qui sévissaient dans la région. Avec Al-Maarad, Michel Zaccour fonda une véritable école. Ce journal, qui vécut une quinzaine d’années, rassembla une pléiade impressionnante de lettrés libanais et arabes, et fit preuve de créativité et de courage. Novateur et insolent, il exerça une influence certaine sur la vie politique de son temps et contribua à forger l’esprit critique du lecteur libanais de l’époque.

Les journalistes qui ont embrassé une carrière politique sont légion – on pense en par­ticulier à Clemenceau qui fut rédacteur en chef de L’Aurore, à Charles Hélou qui fut avocat et rédacteur au Jour avant d’être élu président de la République libanaise, ou à Gebran Tuéni, pilier du quotidien An-Nahar, entré en politique comme son père et son grand-père. Pourquoi choisissent-ils un jour de poser la plume et de descendre dans l’arène ? Certes, le journaliste est prédestiné à la politique puisqu’il est confronté aux problèmes de son temps et qu’il analyse ou commente l’actualité. De surcroît, quand son journal est l’organe d’un parti politique, il devient le porte-parole de ce parti et s’engage délibérément dans la défense des orientations de celui-ci. Faut-il voir dans ce passage du journal­lisme à la politique une reconnaissance de la suprématie de l’action sur la réflexion ? Est-ce parce qu’il a mesuré les limites des mots que le journaliste entre en politique où de spectateur il se transforme en acteur ? Victor Hugo – qui, faut-il le rappeler, fut député et sénateur de 1845 à 1885 – a écrit dans William Shakespeare : « Posez la plume et allez où vous entendez la mitraille », pour exhorter écrivains et journalistes à ne pas rester passifs. Sans doute est-ce la raison qui incita Michel Zaccour à franchir le Rubicon pour s’impliquer réellement dans les affaires publiques à une époque où le Liban avait besoin d’hommes d’Etat capables de militer pour l’Indépendance. « L’activité de journaliste est compatible avec la députation et ne la contredit pas, affirmait-il. La première, par la plume, me permet de servir mon pays ; la seconde, par la parole, me permet de servir mon peuple. » D’ailleurs, Zaccour ne renia jamais le journalisme, si bien que sa carte de visite le présentait comme « fondateur d’Al-Maarad et député du Liban  ». A ceux qui s’étonnaient de voir sa qualité de journaliste précéder celle de représentant de la nation, il répliquait : « Le député n’est pas plus important que le journaliste, c’est même le contraire qui est vrai », confirmant ainsi cette réflexion de Riad el-Solh : «La presse a l’avantage sur nous, hommes politiques, qu’elle peut s’adresser vite et régulièrement à un large public. Le rite quotidien de la lecture du journal forme l’esprit du lecteur mieux qu’aucun homme politique ne pourrait jamais l’espérer  ! ».

Décédé en pleine ascension, Michel Zaccour symbolise le courage des journalistes libanais dont certains, comme Gebran Tuéni ou Samir Kassir, ont payé de leur vie leur attachement à la liberté d’expression. Je ne pouvais rester insensible au combat de ce tribun qui maniait avec brio le verbe et la plume, et qui représente à mes yeux l’archétype même du journaliste patriote et engagé. Ayant consacré une biographie au censseur Ernest Pinard qui persécuta de nombreux journalistes et écrivains du XIXe siècle (dont Baudelaire et Flaubert) et une autre à Zo d’Axa, « le mousquetaire », pamphlétaire anarchiste « en-dehors de l’anarchie », je me devais, pour compléter ce cycle, de me pencher sur le destin de ce personnage fascinant que le comte Damien de Martel qualifia un jour d’« enfant terrible » de la presse et du Parlement…

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