Culture
Dans « Berlin 36 », Alexandre Najjar réunit les dieux du stade, de la guerre et de l’amour
Par Zéna ZALZAL | 05/09/2009

Alexandre Najjar devant le mémorial dédié à Jesse Owens à Oakville.
Alexandre Najjar devant le mémorial dédié à Jesse Owens à Oakville.
Vient de paraître Pour Alexandre Najjar, un écrivain se doit de « défendre des valeurs, pas des idéologies ». Fidèle à ses convictions, l'avocat-écrivain poursuit cet objectif de livre en livre. Et plus que jamais dans « Berlin 36 », son dernier roman, qui vient de paraître aux éditions Plon.

«Pour moi, Jesse Owens n'était pas seulement l'athlète accompli qui avait brillé aux Jeux olympiques de Berlin, c'était aussi l'homme qui avait surmonté la ségrégation qui minait son pays et ridiculisé les théories de la suprématie aryenne prônées par les nazis. Au Liban, j'avais, comme lui, connu les "apartheids" et la résistance aux "ténèbres organisées": je ne pouvais rester insensible à son combat contre le racisme et la haine », écrit Alexandre Najjar dans le prologue de Berlin 36.
Né de l'admiration de l'auteur pour Jesse Owens, ce roman - dont les premières pages ont les accents émouvants de La Case de l'oncle Tom ! - n'est pas tant une biographie de l'athlète noir, dont la victoire aux Jeux de Berlin, en 1936, fut un véritable camouflet pour Hitler, qu'une fresque brossant, autour d'un événement historique, les manœuvres sournoises du nazisme. Ce régime qui, sous couvert d'un visage civilisé de l'Allemagne et de ses intentions pacifiques, va chercher, par le biais de la caution des organisateurs des Jeux olympiques, à récupérer cette manifestation pour en faire un véritable instrument de propagande.

Hitler et ses ministres...
C'est donc autour de cet événement sportif, organisé par le IIIe Reich en 1936, que vont graviter les personnages - la plupart bien réels, d'autres fictifs - de ce roman historique. Où l'on voit défiler, dans une succession de petits chapitres, comme autant de courtes séquences, Hitler et ses ministres Goebbels et Göring, Leni Riefenstahl, égérie du régime et fameuse réalisatrice du film Les Dieux du stade, le baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux, et...Pierre Gemayel, jeune président idéaliste - et patriote! - de la Fédération libanaise de football, de passage dans la capitale allemande. Mais aussi, parmi une foule d'autres personnages, Oskar Wilmer, un pianiste de jazz (musique considérée « noire » et prohibée par les nazis), et Claire Lagarde, une journaliste française venue couvrir les Jeux. Un duo qui, outre l'histoire d'amour qui se noue entre eux, devra faire face au « terrorisme intellectuel » du régime
hitlérien.

Passé et présent
On l'aura compris, dans ce dernier roman, comme dans la majorité de son œuvre précédente, Najjar met l'accent sur les analogies entre passé et présent. Le lecteur ne manquera pas d'identifier les correspondances entre le régime nazi et les phénomènes totalitaires, idéologiques et d'embrigadement des masses qui prédominent au Moyen-Orient. Tout comme il ne manquera pas d'établir un parallèle entre le récent appel au boycott des Jeux olympiques de Pékin pour cause de désaveu de la politique chinoise en matière de droits de l'homme et celui qui eut lieu plus de sept décennies plut tôt !
Écrit d'une plume limpide et basé sur une solide documentation, pour laquelle l'auteur s'est rendu à Berlin, à Lausanne, au Musée de l'Olympisme et sur les traces de Jesse Owens à Chicago, Alabama et Ohio, sans oublier les recherches entreprises dans les archives de L'Orient-Le Jour (l'auteur reproduit un article de Pierre Gemayel envoyé à L'Orient en 1936, publié dans le «Courrier des lecteurs» et dans lequel il regrettait l'absence de participation du Liban aux Jeux!), Berlin 36 est d'une lecture prenante.
Une fresque qui fait habilement se rencontrer les dieux du stade, de la guerre et de l'amour...